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Ta mère à la télé
La Star du samedi soir
Le désopilant manège aux émotions
Chirurgical, y'a pas d'autre mot.
Il en est des programmes télé comme des pièces de théatre. Si la mise en scène est foireuse, on s'endort.
Mais si c'est bien fait...
Il existe des programmes télé dont le concept à première vue a tout pour faire vomir. Mais c'est sans compter l'ingéniosité des types grassement payés pour avoir des idées lumineuses.
Ainsi, le Bachelor.
Héhé.
Héhéhéhéhé... ;o)
Après avoir ingurgité la petite enfance de Fidel Castro dans les mercredis de l'histoire, la zapette fourche et glisse vers des programmes à vocation nettement plus consumériste, presque par habitude. On ne se refait pas...
Cependant, partant du principe bien pratique qu'on ne peut juger convenablement que ce que l'on connaît, c'est d'un oeil tout d'abord distrait, ensuite intéressé, puis franchement hilare que l'on découvre la drague à l'emporte-pièce du baraqué Bachelor!
Vous, là, qui dormez, au fond. Oui, vous, qui avez l'air aussi vif qu'un poulpe sec écrasé par une botte allemande. Je vais vous parler de vous.
N'ayez crainte, pas personnellement de vous. Mais de vos semblables, et un peu de ce qui fait de nous ce que nous sommes, nous, les hommes.
Prenez vingt jeunes filles. Sélectionnez-les sur leur apparence, d'abord (faut bien vendre), et mettez-les en groupe dans la même pièce. Là où l'on s'attend à un crépage de chignon présélectif, on ne trouve que douceur et tolérance. Copinage, même, pour les plus douées.
Présentez-leur un homme. Choisissez-le assez beau, baraqué, et si possible plein de pognon (faut bien vendre. Suivez, un peu, sinon on n'y arrivera jamais.)
Et là, c'est la loi de l'offre et de la demande. Forcément, un seul mec pour vingt nanas, c'est lui qui a le pouvoir.
Première constatation : ces filles, qui naturellement prises séparément, flanqueraient immédiatement une rouste à leur mec s'il venait à se retourner sur une belle blonde dans la rue, acceptent sans broncher le postulat de départ : il va falloir partager.
S'ensuit un jeu du chat et de la (ou des) souris. Le monsieur exige de tout savoir de ses conquêtes, et décide qui correspond à ce qu'il recherche chez une femme. Ce qui nous amène à la deuxième constatation, et à ses annexes : ce type est un hyen! (cherchez pas dans le dico, c'est le croisement d'un chacal, d'une hyène, et d'un fenec pour l'odeur)
Là où devrait se produire un échange, un dialogue, et là où écouter devrait servir à comprendre et accepter, le comportement du mâle dominant est le suivant : je flirte, je baise, je m'en mets plein la lampe, je profite de ma condition pour me vider... l'esprit, je prends sans donner et c'est la fête!
Elles en redemandent! Elles se comparent, se pomponnent, font la roue, disent des mots tendres à cet espèce de goujat transgénique dopé à la crétinine dont le QI est inversemment proportionnel aux charmes de ces jeunes filles.
Bon. Je m'égare, là.
Posons-nous la bonne question. Qu'est-ce qu'une rencontre?
Un homme rencontre une femme.
Que se disent-ils?
Ils essaient, normalement, de se découvrir mutuellement par le jeu de la séduction, c'est à dire qu'ils tentent d'en apprendre le maximum sur l'autre tout en se dévoilant un peu, de préférence sous leur meilleur jour (à moins de tenir absolument à prendre un râteau...). Mais pour que ça fonctionne, hormis les considérations d'usage sur l'émission respectives de phéromones destinées à stimuler l'intérêt sexuel de leur partenaire, ce qui n'intéresse que les biologistes et on connaît leur vie sociale, pour que ça fonctionne disais-je avant d'être grossièrement interrompu par moi-même (vous suivez? Moi, ça va!), les deux partenaires doivent être sur un pied d'égalité, et se donner sans compter à ce jeu. C'est loin d'être le cas ici.
Mais d'où a-t-on donc sorti l'idée qu'un homme a le droit d'infliger un entretien d'embauche à d'aussi charmantes créatures dans le seul but de s'exercer à la reproduction?
Oui, c'est bien de ça qu'il s'agit. D'un entretien d'embauche.
J'attendais le moment où cet olibrius aussi cultivé qu'un carré de sable en plein Sahel allait leur demander si elles pratiquaient la fellation après avoir mangé des frites, mais le bon goût a semble-t-il saisi à temps le responsable du montage.
Et pourtant elles marchent. Mais pourquoi?
Prenons une hypothèse. Et un type quelconque, à y être.
Donnons à cet homme le temps, l'argent et une brochette de ravissantes naïades. Il me paraît inconcevable qu'un type raisonnablement malin ne parvienne pas à emballer au moins 80% des filles qu'on va lui donner en pâture.
Pourquoi?
Mon dieu, c'est bien simple. Si l'on se donne la peine d'écouter et de comprendre la personne qui est en face de vous (pas moi, l'autre, suivez, ça devient pénible), et que l'on dispose des moyens adéquats pour prouver à quelqu'un que l'on ne cherche qu'à donner de l'amour et à écouter l'autre, alors à ce moment là l'aspect physique et les moyens financiers deviennent terriblement secondaires. Demandez à une femme ce qu'elle cherche chez un homme, et elle vous répondra : un partenaire.
La même question chez un homme entraîne des réponses allant du farfelu au carrément pornographique dans la majorité des cas. Et je sais de quoi je parle, je suis un homme!
Les hommes sont comme ça. Ils aiment séduire.
Mais comme la nature ne permet pas l'afflux de sang nécessaire à l'irrigation simultanée du pénis et du cerveau chez ce mammifère, il pense dès qu'il a séduit que c'est définitif. Et encore, lorsqu'il est assez malin pour y arriver, ce qui exclut de parler de lui, de football, de voitures, de sa prédominante place au sein de la société et de ses goûts en matière de cuisine hérités de maman.
Et le sens de l'écoute, dans tout ça?
Les femmes vous répondront dans un merveilleux choeur teinté de désespoir qu'il ne fonctionne qu'avant l'acte sexuel. Si vous ne me croyez pas, regardez le Bachelor. L'homme devient sourd après l'amour, au même titre que la puce à qui l'on coupe les pattes.
Alors, mettons sur le compte de l'atavisme reproductif le fait que vingt merveilleuses jeunes femmes se bastonnent comme des hooligans pour un crétin surgonflé du moi profond. D'abord parce que ça nous arrange, ensuite parce que j'ai horreur de l'idée que ces filles puissent réellement désirer un type plus beau que moi...
Mais dites, docteur, c'est pourquoi qu'on la regarde, cette émission, alors?
C'est parce que le concept est maîtrisé.
Voyons cela sous l'angle du téléspectateur mâle. Ce sera vite fait.
On peut reluquer des minettes à une heure de grande écoute tout en souhaitant secrètement être à la place de l'autre grand escogriffe.
C'est tout. Voilà. Quand je vous disais que ça serait vite fait.
Et les femmes? Pourquoi regardent-elles?
Parce que l'émission est faite pour elles. Pas pour les divertir, mais pour leur vendre des trucs. Elles seules font la différence entre un carré de flétan et un carré Hermès, vu que les hommes ne se paluchent pas les courses et pensent que les deux servent à nettoyer les sols. Les femmes sont la cible de la quantité phénoménale de pub qui tronçonne ce programme!
C'est pour cela que le Bachelor existe. Pour que les femmes puisse s'impatienter en attendant le moment béni et hilarant où l'autre truffe va éliminer une des prétendantes. Car c'est à ce moment précis que la douce jeune fille se réveille, et constate avec effarement quel stupide corniaud, quel vil troupeau de mufles, quel demeuré sordide elle a tenté de séduire envers et contre toutes.
Et là, mes amis, c'est jouissif. Machin se prend des mandales par la grâce d'une vertu retrouvée, d'une belle au bois dormant s'éveillant à l'incongruité d'un accouplement programmé entre la belle et la bête qu'aucun sort ne pourra délivrer de sa bêtise crasse et de son aversion atavique de ce que sont, au fond, les femmes, à savoir de douces et tendres compagnes, d'infortunées rêveuses prises dans le cauchemar d'une société résolument macho qui broie leurs illusions, leur beauté et leurs songes.
Pensez que même les roses, pourtant si belles, si charnelles, si véritables miroir végétal des femmes, servent dans cette émission à briser le coeur d'un être que tous désireraient tant chérir. C'est plus que l'on ne saurait souffrir d'un bellâtre arrogant.
Jusqu'au caméraman rôdé, qui simule un flou pour faire comme s'il saisissait sur le vif un moment de vérité intense, jusqu'au monteur habile qui sait préserver le chaud suspense à coups de pages de pub, tout le monde est imprégné du concept qui opère les émotions de pauvres filles naïves comme une appendicectomie.
Et la leçon à chaque fois tombe comme un couperet.
Il n'est pas d'idéal d'amour fou si l'on ne le construit pas. Croire qu'il suffit de séduire un homme riche, cultivé et au corps bien fait ne constitue pas un sésame au bonheur. Il faut y travailler, creuser, faire surgir la perle qui dort au fond de nous-mêmes pour donner, donner à en mourir, et parfois recevoir.
Ainsi est fait l'amour. Il ne se donne qu'à ceux qui n'ont pas peur de se perdre, qui ne craignent ni l'oubli, ni le rejet, ni les émotions denses et subtiles de nos coeurs.
Parole d'homme... ;o)
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